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Henri Begrand

Henri Begrand
Henri Begrand, sa femme et leur automobile (Archives de la Saskatchewan)
Seize députés de culture ou d'ascendance française ont siégé à l'Assemblée législative de Regina depuis la création de la province en 1905 : Alexandre Beaudreau, Henri Begrand, Benoît Boutin, Albert Champagne, Joseph Charlebois, Lionel Coderre, Jean-Marcel Cuelenaere, Omer Demers, Fernand Larochelle, Jules et Louis Marion, Octave Nolin, Isidore Nollet, Paul Prince, Arthur Thibault et Ferdinand-Alexandre Turgeon. Si l'élément franco-catholique a toujours été sous-représenté à l'Assemblée, il l'a été bien davantage au Conseil des ministres; on peut en effet relever les noms d'à peine quatre ministres, soit Ferdinand-Alphone Turgeon, procureur général de 1907 à 1921, Isidore Nollet, ministre de l'Agriculture de 1946 à 1964, Jean-Marcel Cuelenaere, ministre des Richesses naturelles de 1964 à 1966, et Lionel Coderre, ministre du Travail et en même temps ministre de la Coopération et du développement coopératif de 1964 à 1970. La représentativité sur le plan géographique n'a pas non plus été respectée, puisque 14 des 16 députés ont été élus dans des comtés de la moitié nord de la zone agricole. L'un de ceux-là était Henri Begrand, qui représenta les électeurs du comté de Kinistino de 1952 jusqu'à son décès prématuré en 1959.
Les Begrand arrivent dans le district de Saint-Louis en 1896; ils viennent de Belgique et Henri Begrand n'a que six mois. Le père, Joseph-Victor, 35 ans, est Wallon et son épouse d'ascendance allemande. Le grand-père, Jean-Pierre, qui a déjà largement dépassé la soixantaine, fait partie du groupe. Joseph-Victor Begrand, naturalisé canadien avec toute sa famille en novembre 1900, cultive quelques acres de terre et se lance dans l'élevage. Au moment d'obtenir les lettres patentes de son homestead en 1908, il possède déjà un troupeau de plus de 50 têtes de bétail.

  Henri Begrand
Garage Begrand, Hoey, 1928 (Archives de la Saskatchewan) 12.4 Kb
Le jeune Henri est maintenant d'âge à fréquenter l'école, mais il n'a pas l'esprit à l'étude et il ne se plie pas de bon gré à la discipline en classe, comme l'expliquera plus tard un de ses fils. « Il y avait un couvent qui avait été formé. C'était la seule école. Ils (ses parents) l'ont envoyé à l'école deux ans, je crois, trois peut-être. Mais il ne restait pas... il se sauvait... il était malcommode. Le curé du temps, comme pénitence, lui faisait nettoyer les étables ! Dans le grade deux, il a terminé ses études. Il n'est jamais retourné. » Il préfère travailler sur la ferme de son père et dans des équipes de battages, car la machinerie et la mécanique le fascinent déjà.

« En 1918, il a été dans l'armée et en revenant – il avait pris un cours d'ingénieur (c'est-à-dire de mécanicien) – il a ouvert un garage à Hoey en 1919. Au printemps de 1920, il a ouvert un garage à Watrous en même temps. De là, il a resté dans le commerce pour le restant de sa vie. Son père lui a avancé de l'argent pour commencer à Hoey. »

« Il avait une compagnie d'huile – dans ce temps-là c'était BA, British American Oil. L'été, il cassait du terrain; ça marchait jour et nuit. Il avait des employés qui faisaient ça pour lui, ils labouraient la terre pour ouvrir du nouveau terrain. Il avait deux tracteurs et puis deux charrues à casser. Il chargeait tant de l'acre... »

En 1920, Henri Begrand épouse Phyllis Papen, la fille d'un fermier belge des environs. L'atelier de réparations mécaniques, le commerce des produits pétroliers et, en plus, la vente des machines aratoires, auraient pu suffire à d'autres, mais Henri Begrand a, comme on dit, la «bosse des affaires» et il achète des terres qu'il fait cultiver par ses employés. « Il n'a jamais été fermier, il n'a jamais resté sur une terre. Il avait des employés dans son garage, dans son agence de machines agricoles et puis il avait des hommes à gages sur la terre. »

ll s'intéresse aussi à l'action communautaire et à la politique. Élu préfet de la municipalité rurale de Saint-Louis en 1937, poste qu'il conservera jusqu'en 1952, il est aussi président de la commission scolaire secondaire. Il milite dans le parti du Commonwealth Cooperative Federation. « Quand il a décidé qu'il pensait que le C.C.F. était un parti pour le monde, pour le public, il a décidé ça et puis il a jamais changé. Il s'est fait dire plus d'une fois qu'il était vraiment pas un socialiste, qu'il était plutôt libéral dans certaines pensées, mais dans le fin fond, je crois qu'il était réellement intéressé dans le bien du public, dans les services comme l'hospitalisation – très fort là-dedans – le medicare... Ça, il pensait que c'était des affaires qui devaient être administrées par le gouvernement pour le bien du public. »

Les campagnes électorales de l'époque se déroulaient dans des conditions qui nous paraissent aujourd'hui presque primitives et qui donnaient souvent lieu à des incidents.

« Il s'est présenté une fois dans le comté de Rosthern au fédéral... je crois que c'était en 1942... contre Walter Tucker*. Il allait se promener avec des chevaux... c'était dans des bancs de neige, dans le mois de mars. Tout ce qu'il pouvait louer dans ce temps-là dans les campagnes, c'était des écoles. Je me rappelle d'une fois, on était arrivé à Batoche... ils avaient la même école tous les deux le même soir... ça avait été une assemblée qui avait chauffé pas mal. À Batoche, c'était tous des Métis... la salle était tout pleine quand mon père avait son assemblée et puis quand il a fini la sienne et que M. Tucker a commencé son assemblée, il y a personne qui a resté. »

Défait par son adversaire libéral dans le comté de Rosthern en 1944, Henri Begrand est élu aux élections générales du 11 juin 1952 dans le comté de Kinistino, puis réélu en 1956. Durant son séjour à l'Assemblée, il prononce plusieurs discours en français, toujours écoutés avec attention par les autres députés, car il a la sagesse d'en avertir à l'avance le président des débats. Toutefois, il n'hésite pas à voter contre son parti lorsqu'il juge que les intérêts des électeurs de son comté l'exigent. C'est pourquoi il semble s'être fait peu d'amis en politique. Il meurt subitement le 8 mars 1959 et est inhumé au cimetière paroissial de Hoey.

*En fait, il s'agirait plutôt des élections de juin 1944, où Henri Begrand s'était présenté contre le libéral Peter Hooge; mais puisque la IXe législature ne fut dissoute qu'au milieu de mai, la campagne électorale n'a pu avoir lieu en mars et il ne restait probablement pas de bancs de neige. Les seules élections d'hiver au niveau fédéral vers cette époque ont eu lieu à la fin de mars 1940, mais M. Begrand n'était pas en lice.

(Citations : entrevue avec Henri Begrand, fils (R-5202) aux Archives provinciales)