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Société de la Saskatchewan
Société historique de la Saskatchewan

Revue historique - volume 22, no 2 - hiver 2012

Le français des voyageurs et son évolution dans l'Ouest canadien

par Robert A. Papen
Université du Québec à Montréal
Notes et références
Les « Pays d'en Haut » sont constitués des pairies arrosées par le Mississippi et le Missouri aux États-Unis et par l'Assiniboine, la Saskatchewan et l'Athabaska, jusqu'au lac Athabaska au Canada.
2 Selon Produchny (2009), il y aurait eu jusqu'à trois mille employés canadiens-français travaillant pour la traite des fourrures au cours de la décennie 1810-1820.
3 Certains chercheurs considèrent que la majorité des premiers colons ne parlaient pas français mais étaient surtout patoisants ou semi-patoisants (Barbaud 1984); d'autres croient plutôt qu'en général ils connaissaient le français (du moins dans sa version « populaire ») dès leur arrivée en Nouvelle France (Asselin et McLaughlin 1994, Poirier 1994) et certains proposent même que les premiers colons auraient appris une espèce de koinè, appelée français maritime, variété de français relativement instable en usage dans les villes portuaires de l'Atlantique (Hull 1994). Mais tous sont d'accord que c'est le français (et non les patois) qui était parlé par l'ensemble de la population de la colonie dès le début du 18e siècle.
4 Nous utilisons ici le terme mitchif pour désigner les Métis. C'est la prononciation locale du terme métif, qui au 18e siècle était celui qu'on employait pour faire référence aux personnes de sang mêlé issues d'une union entre un homme blanc et une femme amérindienne. Aujourd'hui, la plupart des Métis francophones s'auto-identifient comme Mitchifs, considérant que le terme Métis est surtout euro-canadien.
5 Un pidgin est une langue mixte, rapidement établie et constituée de diverses parties (lexique, règles grammaticales, etc.) empruntées aux langues en présence. En général, ces pidgins ne servent qu'à des fins d'échange et de commerce et soit évoluent en créoles soit disparaissent lorsque leur utilité prend fin.
6 « Wawa » veut dire ‘parlure', ‘discours' en tchinouk. Il semblerait que les anciens locuteurs de ce parler y faisaient référence en utilisant ce terme (sans le qualificatif tchinouk) ou simplement « lelang » ‘la langue'.
7 Il reste qu'environ 158 mots sont d'origine française en jargon tchinouk alors que 570 sont d'origine anglaise (Lang 1995, p. 251).
8 On aura noté que presque tous les termes empruntés au français commencent par le déterminant le ou la. Ceci est dû au fait qu'en français, la forme de citation, c'est-à-dire la forme que prend un nom lorsqu'on le cite, lorsqu'on le définit, etc. inclut invariablement un déterminant. Par exemple, lorsqu'on demande à un locuteur comment on dit ‘chair' en français, il répondra inévitablement « une chaise » ou « la chaisse », rarement simplement « chaise ». Aussi, la plupart des langues amérindiennes ne possèdent pas de déterminants définis ou indéfinis comme en français. Il aurait été difficile pour ces Amérindiens d'analyser la première syllabe qu'ils entendaient comme étant un simple déterminant et non pas partie intégrale du mot en question.
9 Nos renseignements sur le lexique du français mitchif nous viennent de plusieurs sources : le lexique du franco-manitobain La langue de chez nous de Gaborieau (1999) qui contient une centaine de mots soi-disant typiques (ou uniques?) aux Mitchifs (et identifiés comme tels), l'histoire des Métis de l'Ouest canadien racontée par Auguste Vermette, neveu de Louis Riel dans l'ouvrage Au temps de la prairie de Ferland (2006), les ‘dictionnaires' de mitchif de Laverdure et Allard (1983) et de Fleury (2000) ainsi que plus de quarante années de travail de recherche sur terrain auprès des Mitchifs francophones de l'Ouest canadien.
10 En coréen, jang est un nom de famille très connu. Il fait également référence à un type de purée épicée ou simplement à un endroit en coréen.
1 Une recherche portant sur les connaissances lexicales des locuteurs mitchifs du Manitoba et de la Saskatchewan est en cours. Nous espérons un jour pouvoir produire un lexique explicatif de la plupart des termes typiques des Mitchifs.


Bibliographie
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