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Société historique de la Saskatchewan

Des lieux

Sainte-Delphine

Un bout d'histoire....(81)

Pénurie de prêtres. Un correspondant nous écrit que deux personnes viennent de mourir à Delphine, Sask, sans avoir la consolation de voir prêtre à leur chevet. Des télégrammes furent envoyés dans diverses directions sans succès. Les défunts sont M. John Fisher, décédé à l'âge de cent ans et M. Théodore Faignant. Ce dernier appelait le prêtre à tout instant et notre correspondant ajoute: 'Le fait de ne pas avoir de prêtre n'est pas un encouragement pour les nouveaux arrivants qui sont de notre croyance et qui cherchent à se caser dans nos environs.'

Le Patriote de l'Ouest
le 29 mai 1913
De nos jours, il devient de plus en plus commun pour un prêtre de desservir plusieurs paroisses. Récemment, on pouvait lire dans l'Eau vive la nomination de M. l'abbé Maurice Fiolleau aux paroisses de Bellevue, Saint-Louis, Hoey et Crystal Springs. S'il y a une pénurie de prêtres de nos jours, le problème n'est pas encore aussi grave qu'il l'était au début du siècle. À cette époque, un missionnaire était souvent appelé à desservir plusieurs communautés francophones et, dans bien des cas, il n'avait pas le luxe de chanter la messe dans une belle église. Ce sont les maisons des colons qui ont premièrement servi de chapelles dans bien des endroits.

La région de la Montagne du Tondre (Touchwood Hills) et de la Montagne du Lime (File Hills) dans le centre-est de la province, entre Punnichy et Yorkton au nord de la vallée Qu'Appelle, n'est pas connue pour ses nombreuses communautés francophones. Ce sont surtout des colons polonais et ukrainiens qui ont établi les nombreuses villes et villages de la région.

Toutefois, il ne faut pas oublier que la région était autrefois traversée par la fameuse piste Carlton allant de Fort Garry (Winnipeg) au Fort des prairies (Edmonton). À la Montagne du Tondre, la compagnie de la Baie d'Hudson avait établi un poste de traite. Lors de son passage au poste Touchwood Hills en 1859, le capitaine John Palliser mentionne la bonne chasse dans la région. «L'abondance du bison cet hiver, surtout aux postes de la Montagne du Tondre et du lac Qu'Appelle, a permis à cette région (Swan River), après avoir fourni à ses besoins, d'apporter à ce dépot (Norway House) 200 sacs de pemmican pour usage général; tout en ayant laissé derrière une réserve suffisante pour répondre à toutes exigences l'hiver prochain.»(1)

Puisque le bison se trouve en abondance dans la région des Montagnes du Tondre et du Lime, il n'est pas surprenant qu'on y trouve des Métis. À cette époque, vers la fin des années 1860, de plus en plus de Métis abandonnent les colonies de la rivière Rouge pour hiverner dans les prairies. On y établit alors des campements d'hiver permanents à la Petite Ville (près de Batoche), à la Prairie Ronde (près de Dundurn), à la Montagne de Cyprès, à la Montagne de Bois et dans la région des Montagnes du Tondre et du Lime. «Partout, les buttes boisées, Montagne du Tondre (Touchwood Hills), Montagne à la Bosse (Boss Hill), qui dominaient les horizons monotones de la Prairie, attiraient les hivernants en raison des ressources qu'elles leur offraient, et malgré les incertitudes liées aux aléas du climat.»(2)

Avec la disparition du bison vers la fin des années 1870, plusieurs des campements d'hiver sont abandonnés. Mais d'autres survivent quelques années. «S'ils ne renoncent pas à fréquenter leurs lieux d'hivernement habituels, la Montagne des Bois, la Montagne de Tondre, la Montagne aux Cyprès, ils doivent désormais chercher leur subsistance dans la chasse des loups et des canards, qui ne leur apporte qu'une nourriture aléatoire et insuffisante.»(3)

Le père Joseph Hugonard, o.m.i., missionnaire à la mission de la vallée Qu'Appelle, vient chanter la messe aux Métis Canadiens français de la Montagne du Lime (File Hills) au début des années 1880. Certaines familles françaises arrivent de la France, du Québec, de l'Ontario , du Manitoba et de la vallée Qu'Appelle pour se joindre aux Métis de File Hills. Parmi les premières familles francophones et métisses mentionnons les noms de Pollard, Fisher, Robillard, Coupal, Brazeau, Martineau, Richard, De Dauphinais, Brunet, Hamelin, Daze, Beaulieu, Carrière, Ross, Fayant, Poitras, Perreau, Cariou, Desjarlais, Malbeuf, Lemay, Laliberté, Bonneau, St-Denis, Neault, Blondeau, Ouellette, Paradis, Cardinal et Vallée. Les Cariou, par exemple, étaient venus de la France vers 1893 pour s'établir dans la région.

L'établissement de la petite mission de Sainte-Delphine a lieu l'année de la résistance des Métis en 1885. «En 1885, le père Hugonard et les colons s'organisent, sous la direction de M. Archie Ouellette, un colon de la région, et bâtissent une petite église en bois ronds six milles au sud-ouest de l'emplacement actuel d'Ituna. Ils nomment cette église Sainte-Delphine.»(4)

L'abbé Henri Kugener remplacera le père Hugonard comme missionnaire à Sainte-Delphine vers 1908. Mais déjà, les colons de langue française commencent à être noyés par des immigrants polonais et ukrainiens. Ces derniers établissent les communautés de Ituna, Hubbard et Jasmin. Au début, les Polonais et Ukrainiens catholiques se rendent à l'église de Sainte-Delphine pour la messe. Puis en 1907 ils bâtissent une nouvelle église trois milles à l'est de Ituna, église qu'ils ont dédiée à saint Stanislaus.

Aujourd'hui, la mission de Sainte-Delphine a cessé d'exister. On n'en
fait même pas mention dans le livre d'histoire de l'archidiocèse de Regina. La plupart des familles métis, canadiennes françaises et françaises ont quitté depuis longtemps la région, mais il en demeurait encore quelques unes lors de la publication du livre d'histoire de Ituna en 1985, dont Mme Clémence Cariou, née Beaulieu.

(1) Punnichy and Districts History Book Committee, Between The Touchwoods, A History of Punnichy and Districts, Punnichy (Sask): Punnichy and Districts History Book Committee, 1983, p. 12. (Traduction)
(2) Giraud, Marcel, Le Métis Canadien, Saint-Bonface: Les Éditions du blé, 1984, p. 1150.
(3) Ibid., p. 1165.
(4) Ituna, Hubbard and Area History Book Committee, So Much Is Ours, History of Ituna - Hubbard Area, Ituna (Sask): Ituna, Hubbard and Area History Book Committee, 1985, p. 295. (Traduction)

Sources
Giraud, Marcel, Le Métis Canadien, Saint-Bonface: Les Éditions du blé, 1984.

Ituna, Hubbard and Area History Book Committee, So Much Is Ours, History of Ituna - Hubbard Area, Ituna (Sask): Ituna, Hubbard and Area History Book Committee, 1985. p. 295. (Traduction)

Punnichy and Districts History Book Committee, Between The Touchwoods, A History of Punnichy and Districts, Punnichy (Sask): Punnichy and Districts History Book Committee, 1983.